Spontanément, n‘importe qui répondrait oui. Un État qui dépense plus qu’il ne gagne finit forcément par avoir un problème. Après tout, si vous dépensez chaque mois plus que votre salaire, votre banquier risque rapidement de vous appeler. Et probablement pas pour vous féliciter de votre excellente gestion financière. Alors pourquoi ce raisonnement ne fonctionnerait-il pas aussi pour un pays ?
C’est une question légitime. Pourtant, la réponse est moins simple qu’on pourrait le croire.
Lorsqu’un État dépense davantage que ce qu’il collecte via les impôts et les recettes publiques, il doit trouver un moyen de financer la différence. C’est ce qu’on appelle le déficit. Il emprunte (ou augmente les taxes, mais cet article n’a pas vocation à rappeler des traumas).
L’ensemble des déficits accumulés au fil des années constitue la dette publique. En France, comme dans beaucoup d’autres pays, cette dette représente plusieurs milliers de milliards d’euros. Un chiffre tellement élevé qu’il devient presque impossible à imaginer.
Et c’est souvent là que la peur commence. Parce qu’un milliard, dix milliards ou mille milliards… Pour la plupart d’entre nous, cela ressemble simplement à un nombre avec beaucoup de zéros qui apparaît abstrait à notre échelle individuelle.
Pas forcément. (Sinon cet article n’aurait aucune utilité.) La dette n’est pas un problème en soit. Par exemple, la plupart des grandes entreprises utilisent la dette. Pourquoi ? Parce qu’emprunter peut permettre d’investir.
Une entreprise peut emprunter pour construire une nouvelle usine, développer un produit ou accélérer sa croissance. Elle accepte de payer des intérêts aujourd’hui parce qu’elle espère créer davantage de valeur demain.
Pour un État, la logique peut être similaire. Emprunter peut permettre de financer des infrastructures, l’éducation, la recherche ou des investissements qui amélioreront la capacité du pays à produire de la richesse dans le futur.
La vraie question n’est donc pas : Un pays a-t-il une dette ? Mais plutôt : Que fait-il avec cette dette ?
Imaginez deux personnes. La première emprunte 50 000 € pour acheter une voiture de luxe qu’elle ne peut pas se permettre. La deuxième emprunte 50 000 € pour créer une entreprise qui générera des revenus pendant plusieurs années. Les deux ont une dette initialement identique mais les conséquences ne sont pas les mêmes.
Dans un cas, la dette finance une consommation immédiate. Dans l’autre, elle finance un actif capable de créer de la valeur. Pour un État, le raisonnement est identique.
Une dette qui finance des investissements productifs peut être un outil quand une dette qui sert uniquement à financer des dépenses courantes sans améliorer l’économie peut devenir un problème.
Parce qu’une dette doit toujours être remboursée. Enfin… C’est un peu plus subtil. Un État ne fonctionne pas exactement comme un ménage. Il peut emprunter sur des périodes TRÈS longues, renouveler une partie de ses emprunts et bénéficier de la croissance future de son économie.
Un pays qui produit davantage de richesse demain aura plus de facilité à supporter une dette contractée aujourd’hui. Le problème apparaît lorsque la dette progresse beaucoup plus vite que la capacité du pays à créer de la valeur.
À ce moment-là, les intérêts deviennent une charge de plus en plus importante et l’argent utilisé pour payer ces intérêts ne peut plus être utilisé ailleurs.
La dette publique peut sembler très éloignée de nos finances personnelles. Elle ne l’est pas. Lorsque la dette devient trop importante, cela peut influencer : les taux d’intérêt, la fiscalité, les politiques économiques, la confiance des investisseurs…
Autrement dit, les décisions prises aujourd’hui par les gouvernements peuvent avoir des conséquences sur l’environnement économique dans lequel nous vivons et investissons demain.
Comprendre la dette publique, ce n’est donc pas seulement comprendre un chiffre dans les journaux mais une partie du monde dans lequel notre patrimoine évolue.
Au CLUB NEC, nous pensons qu’en finance, les réponses trop simples sont souvent les plus dangereuses.
« La dette est toujours mauvaise. » ou « La dette n’est jamais un problème. » sont deux affirmations fausses. Comme souvent, la réalité dépend du contexte. Une dette peut autant être un accélérateur que devenir un poids.
La différence se trouve dans une seule question : Est-ce que l’argent emprunté permet de créer davantage de valeur demain ? Parce qu’au fond, le problème n’est jamais d’utiliser un levier mais de ne pas comprendre comment il fonctionne, au risque d’amplifier les effets négatifs.