Il y a des sujets qui déclenchent immédiatement des réactions. L’euro numérique en fait partie. Pour certains, c’est une simple évolution technologique du système monétaire.
Pour d’autres, c’est le début d’une nouvelle ère inquiétante. Une monnaie contrôlée par les États. Un outil de surveillance. La fin progressive de l’argent liquide. Bref. Le début de la fin de notre liberté financière.
L’euro numérique est un projet porté par la Banque Centrale Européenne (BCE). L’idée est simple : créer une version numérique de l’euro, directement émise par la banque centrale. Aujourd’hui, lorsque vous utilisez votre carte bancaire ou une application bancaire, vous utilisez déjà de l’argent numérique. Alors quelle différence ?
La différence principale se situe derrière cet argent. Actuellement, la majorité de l’argent que nous utilisons au quotidien est une dette envers une banque commerciale. Lorsque vous avez 5 000 € sur votre compte bancaire, ce montant correspond à une créance envers votre banque.
Avec un euro numérique, la logique serait différente. L’argent serait une créance directement détenue auprès de la banque centrale. Comme les billets dans votre portefeuille mais sous une forme numérique.
La première question est légitime. Si l’argent numérique existe déjà… Pourquoi ajouter une nouvelle version ? La réponse tient principalement à l’évolution de nos usages. Il y a quelques décennies, payer signifiait sortir un billet ou une pièce. Aujourd’hui, nous utilisons davantage nos cartes, nos téléphones et des solutions numériques.
Le problème ? L’argent public sous forme numérique n’existe quasiment pas pour les particuliers. Les billets sont de la monnaie publique. Les soldes sur nos comptes bancaires sont principalement de la monnaie privée. L’euro numérique cherche donc à créer une alternative publique adaptée au monde numérique.
Pas nécessairement. (Et c’est probablement l’une des premières idées reçues à déconstruire). L’objectif affiché de l’euro numérique n’est pas de supprimer les billets. Après tout, le cash reste un moyen de paiement apprécié par une partie importante de la population. Il permet notamment de payer sans intermédiaire bancaire et offre une forme de confidentialité.
La question est plutôt de savoir comment faire évoluer le système monétaire dans un monde où les paiements deviennent de plus en plus numériques. Le changement est déjà en cours et la disparition progressive du cash n’a pas attendu l’euro numérique. Elle vient surtout de nos habitudes.
Parce que la monnaie n’est pas un simple outil technique. C’est un sujet de confiance, d’où son nom de monnaie fiduciaire. Depuis la fin du système étalon or, la seule garantie qui permet de faire fonctionner l’ensemble du système monétaire reste la foi que nous plaçons en lui. Si demain, nous étions en majorité à rejeter le système pour quelque raison que ce soit, il s’écroulerait. Ce scénario est hautement improbable mais existe, d’où la confiance qui doit se poursuivre pour assurer la stabilité du système.
Dès qu’un acteur public intervient directement dans nos moyens de paiement, une question apparaît donc naturellement : Jusqu’où peut aller ce contrôle ? Et cette question mérite d’être posée. Une monnaie numérique pourrait théoriquement permettre davantage de traçabilité que du liquide. C’est précisément ce qui inquiète certains observateurs.
Mais il faut aussi distinguer deux choses : la possibilité technique et l’usage qui en est fait. La vraie question devient donc : quelles seront les règles qui encadreront son utilisation ?
Tout dépend de la manière dont il sera construit. Une monnaie numérique avec des limites strictes sur la vie privée pourrait poser des questions légitimes. Une monnaie numérique qui améliore les paiements tout en conservant des garanties fortes pourrait, à l’inverse, devenir un outil supplémentaire.
Comme souvent, le problème n’est pas forcément l’outil mais le cadre autour de l’outil. On en revient à l’éternel exemple : qui est responsable entre le fabriquant d’armes, le vendeur d’armes et le tireur ?
L’euro numérique ne changera probablement pas votre patrimoine du jour au lendemain. Il ne remplacera pas les investissements. Il ne supprimera pas les cycles économiques. Il ne rendra pas les marchés moins risqués.
Mais il illustre quelque chose de beaucoup plus important : la monnaie évolue. Son fonctionnement et ses usages changent. Et comprendre ces transformations devient essentiel pour comprendre l’économie de demain.
Parce qu’investir sans comprendre le système monétaire dans lequel on évolue, c’est un peu comme conduire sans connaître les règles de circulation.
Au CLUB NEC, nous pensons que l’éducation financière commence par une chose simple : comprendre les mécanismes avant de tirer des conclusions.
L’euro numérique n’est ni une révolution magique, ni forcément une menace absolue. C’est une évolution du système monétaire. Et comme toute évolution majeure, elle demande autre chose qu’une réaction basée sur la peur ou l’enthousiasme.