Pourquoi imprimer de l'argent ne rend pas un pays plus riche ?

C’est probablement l’une des questions les plus intuitives en économie. Après tout, si l’argent manque… Pourquoi ne pas en fabriquer davantage ?

Sur le papier, ça semble presque trop simple. Après tout, les banques centrales le font déjà. Alors pourquoi ne pas en profiter pour distribuer un peu plus d’argent à tout le monde ? Le problème de la pauvreté serait réglé en quelques semaines.

Malheureusement, l’économie ne fonctionne pas comme une imprimante. Sinon, chaque pays posséderait déjà la sienne réglée sur « richesse illimitée ».

L'argent n'est pas la richesse

Nous avons tendance à croire que plus il y a d’argent, plus il y a de richesse alors que les deux n’ont jamais été synonymes. C’est la confusion la plus répandue en économie et la source de beaucoup d’inepties ou de raisonnements enfantins.

Imaginons qu’à partir de demain, chaque Français reçoive un million d’euros sur son compte bancaire. Pendant quelques heures, tout le monde aurait le sentiment d’être devenu millionnaire, ce qui ne serait pas faux en soit. Pour autant, y a-t-il plus de logements ? Plus de voitures ? Plus de médecins ? Plus de baguettes de pain ? La réponse est non.

La seule chose qui a changé, c’est le nombre d’euros disponibles pour acheter exactement la même quantité de biens ou de services. Autrement dit, on n’a pas créé davantage de richesse.

Ce qui crée réellement la richesse

La richesse d’un pays ne se mesure pas au nombre de billets qu’il possède mais à sa capacité à produire : des entreprises qui innovent, des salariés qualifiés, des infrastructures efficaces, des agriculteurs qui nourrissent la population… Bref, tout ce qui crée de la valeur.

L’argent, lui, ne fait que circuler entre ces acteurs mais n’a aucune autre valeur intrinsèque.

Pourquoi les banques centrales créent-elles de l'argent si ça ne sert à rien ?

C’est souvent à partir de là que les raccourcis commencent. On entend parfois que les banques centrales « font tourner la planche à billets » comme si elles distribuaient de l’argent gratuitement à la population (et comme si elles imprimaient encore réellement). La réalité est un peu moins spectaculaire. Lorsqu’une crise survient, les entreprises investissent moins, les banques prêtent moins et les ménages consomment moins. Toute l’économie ralentit, ce qu’une société capitaliste accroc à la croissance ne peut tolérer.

Leur objectif n’est donc pas de rendre un pays plus riche mais de maintenir le bon fonctionnement de l’économie. Lorsque l’activité ralentit fortement, les banques centrales peuvent injecter de la monnaie pour éviter un blocage du crédit, soutenir l’investissement, empêcher une spirale de faillites et maintenir la confiance dans le système financier.

C’est ce qui s’est produit lors de la crise financière de 2008 puis pendant la pandémie de Covid. L’objectif n’est donc pas de rendre un pays plus riche mais d’éviter qu’il ne s’appauvrisse trop vite. La nuance est importante.

Et l’inflation dans tout ça ?

C’est souvent ici que le raisonnement bloque. Si créer de l’argent ne crée pas de richesse, alors pourquoi cela pose-t-il problème ? La réponse tient en un mot : la rareté des quantités disponibles. Imaginons une petite ville avec 100 maisons disponibles à la vente où chaque habitant possède 100 000 €. Puis, du jour au lendemain, chaque personne reçoit 900 000 € supplémentaires. Bravo aux génies qui ont trouvé le résultat d’un million. Sur le papier, la ville est devenue beaucoup plus riche mais il existe toujours seulement 100 maisons. Pas une de plus. Les habitants ont simplement davantage d’argent pour acheter la même quantité de biens.

Résultat ? La concurrence augmente et les acheteurs sont prêts à proposer davantage, ce qui fait grimper les prix. Pendant ce temps-là, la maison n’a pas changé. Elle possède toujours les mêmes murs, le même toit et la même superficie. Ce qui a changé, c’est la quantité d’argent disponible pour l’obtenir, et éventuellement l’état du sol suite aux nombreuses visites.

C’est exactement le mécanisme derrière l’inflation. Le problème n’est donc pas que les vendeurs décident soudainement de devenir plus gourmands du jour au lendemain mais que les acheteurs sont prêts à mettre plus cher parce que le montant théoriquement disponible sur leur compte en banque a augmenté. Bien sûr, la réalité économique est plus complexe.

L’inflation peut aussi venir d’autres facteurs : une hausse du prix de l’énergie, des problèmes d’approvisionnement, une augmentation des coûts de production ou encore des tensions géopolitiques. Il serait donc faux de résumer l’économie à une seule règle. Mais une chose reste vraie : créer davantage de monnaie ne permet pas de créer davantage de ressources. On ne fabrique pas de richesse avec une imprimante. On ne fait que répartir différemment la valeur déjà existante.

Le vrai danger : croire que l'argent est la richesse

Beaucoup de personnes raisonnent uniquement en euros. Ils voient leur salaire augmenter. Ils pensent être plus riches. Mais si dans le même temps les prix augmentent plus vite que leurs revenus, alors leur pouvoir d’achat diminue, ainsi que leur épargne non productive. La hausse des salaires est alor une illusion.

Ce qui compte n’est pas le nombre inscrit sur votre compte bancaire mais ce que cet argent vous permet réellement d’acheter.

Comprendre avant de décider

Au CLUB NEC, nous pensons que l’éducation financière ne consiste pas à retenir des définitions mais à comprendre les mécanismes qui influencent vos décisions au quotidien. Parce que croire que l’argent crée la richesse peut conduire à de mauvaises décisions.

Comprendre que la richesse provient avant tout de la création de valeur change complètement votre manière de voir l’économie et votre patrimoine.

Ce qu'il faut retenir

Alors, imprimer davantage d’argent rend-il un pays plus riche ? La réponse est simple : non. Cela permet parfois de soutenir une économie, d’éviter une crise plus profonde ou de faciliter le financement des entreprises mais cela ne remplace jamais ce qui fait réellement la prospérité d’un pays : sa capacité à produire, à innover et à créer de la valeur.

Parce qu’au fond, la richesse ne s’imprime pas. Elle se construit.