Quand une entreprise entre en Bourse, qui profite vraiment de l'opération ?

A moins de vivre dans une grotte ou de ne pas lire l’actualité, ce qui parfois honnêtement ne serait pas plus mal, vous avez sans doute vu SpaceX débarquer à Wall Street. Difficile de rester indifférent face à une entreprise qui veut envoyer des humains sur Mars, qui domine aujourd’hui une partie du marché spatial et qui est devenue l’un des symboles de la nouvelle économie.

Pour beaucoup d’investisseurs, le constat semble évident : Enfin une opportunité d’acheter une entreprise exceptionnelle. Après tout, qui n’aurait pas aimé acheter Amazon à ses débuts ? Ou Tesla avant son explosion médiatique ? Le rêve est toujours le même. Trouver la prochaine grande entreprise et être parmi les premiers, participer à l’histoire.

L'introduction en Bourse est souvent présentée comme une opportunité.

Dans l’imaginaire collectif, une IPO (Initial Public Offering) représente presque un cadeau : une entreprise privée devient accessible. Les particuliers peuvent enfin acheter une part d’une société qui était jusque-là réservée aux investisseurs professionnels.

Et sur le papier, c’est vrai. Une introduction en Bourse permet effectivement à de nouveaux investisseurs de devenir actionnaires. Le problème, c’est tout ce qu’il y a d’écrit sur ce même papier et que personne ne prend le temps de lire ou de comprendre. Parce qu’une entreprise ne décide pas d’entrer en Bourse uniquement pour faire plaisir aux investisseurs, elle le fait parce qu’elle y trouve aussi un intérêt.

À tous ceux qui en doute ou qui l’aurait oublié, on rappellera que qu’une entreprise est juridiquement considérée comme une personne morale dont l’unique objectif est de réaliser des profits. Pas du chiffre d’affaires, du résultat. Subtile nuance, on y reviendra.

Une entreprise entre rarement en Bourse au hasard

Faire entrer une entreprise en Bourse demande des années de préparation. Il faut convaincre les investisseurs, présenter une stratégie, défendre une valorisation et raconter une histoire. Et c’est probablement ce dernier point le plus important.

Une IPO n’est pas seulement une opération financière, c’est aussi une opération de communication. L’entreprise doit expliquer pourquoi elle mérite une certaine valeur aujourd’hui et surtout pourquoi elle pourrait valoir davantage demain.

C’est exactement ce qui rend l’exercice fascinant. Au moment d’une IPO, l’entreprise vend une partie de son avenir à l’investisseur qui achète quant à lui une promesse sur cet avenir. Là aussi, on rappellera qu’une promesse n’engage que celui qui y croit.

Des intérêts qui divergent, des dividendes qui convergent.

Un point que beaucoup d’investisseurs particuliers oublient ou refusent de voir. Une entreprise souhaite généralement obtenir la meilleure valorisation possible lorsqu’elle entre en Bourse. C’est logique. Les dirigeants veulent lever davantage de capitaux, les actionnaires historiques veulent valoriser leur participation.

Les investisseurs, eux, cherchent l’inverse. Ils veulent acheter une entreprise de qualité mais à un prix intéressant. Ces deux objectifs ne sont donc pas du tout alignés, mais à la fin le marché régulera. Tant qu’il y a des acheteurs prêts à payer, on jugera que le prix est cohérent.

SpaceX, un cours qui vise la lune ou qui risque de se crasher ?

Le sujet n’est pas de savoir si SpaceX est une bonne entreprise, la réponse semble assez évidente. Elle a construit une position exceptionnelle dans son secteur, elle possède une technologie difficilement reproductible et elle bénéficie d’une image mondiale. Mais une question différente doit être posée : Une excellente entreprise est-elle forcément un excellent investissement ?

Pas forcément. C’est probablement l’une des premières notions qu’un investisseur doit comprendre. Une entreprise et son action ne sont pas la même chose. On peut acheter une entreprise extraordinaire à un prix tellement élevé que l’investissement devient décevant.

Le marché ne récompense pas seulement les bonnes entreprises mais l’écart entre la réalité et les attentes. Si tout le monde pense déjà qu’une entreprise va révolutionner son secteur, une partie de cette réussite est probablement déjà intégrée dans le prix.

C’est un mécanisme que l’on retrouve souvent et qui surprendra les boursicoteurs du dimanche. Une entreprise annonce des résultats exceptionnels, l’action baisse. Pourquoi ? Parce que le marché attendait encore mieux. À l’inverse, une entreprise décevante peut parfois monter, simplement parce que les investisseurs s’attendaient à pire. Le marché ne compare pas une entreprise à la perfection, il compare la réalité aux attentes.

Buy the rumour, sell the news

Nous avons tendance à découvrir les entreprises au moment où elles deviennent célèbres. Quand tout le monde en parle, quand les médias s’en emparent, quand notre entourage commence à en discuter. Mais une entreprise qui devient évidente pour tout le monde n’est plus forcément une opportunité évidente, c’est tout le paradoxe.

L’investissement demande parfois de regarder ce que les autres regardent mais surtout de comprendre ce qu’ils ne regardent pas encore.

Qui profite vraiment d'une introduction en Bourse ?

La réponse est plus nuancée qu’on ne l’imagine. L’entreprise profite d’un accès à de nouveaux capitaux, les actionnaires historiques peuvent valoriser publiquement leur participation et les investisseurs obtiennent l’accès à une nouvelle opportunité. Tout le monde peut y trouver son intérêt.

Mais il existe une condition. Il faut comprendre ce que l’on achète réellement. Parce qu’investir dans une entreprise, ce n’est pas acheter une belle histoire mais une partie d’une entreprise à un certain prix. Et la différence entre les deux peut parfois coûter très cher.

Comprendre avant d'investir

Au CLUB NEC, nous pensons que l’investissement demande de se concentrer sur autre chose que les bruits de couloirs relayés par les médias. Il commence par plusieurs questions : pourquoi est-ce que j’achète cet actif ? Qu’est-ce que j’espère réellement obtenir ? Quelle valeur suis-je prêt à payer pour cette conviction ?

Parce qu’au fond, le risque principal n’est pas toujours d’investir dans une mauvaise entreprise. Parfois, le risque est d’acheter une excellente entreprise au mauvais moment. Et c’est probablement l’une des premières différences entre acheter une action et devenir investisseur.